Un prolongement de notre travail sur la question des mères porteuses en Ukraine, dans le cadre d'un dossier publié par La documentation Française sur la bioéthique à l'échelle européenne.
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/revues/grande-europe/dossiers/22/grande-europe-no-22.shtml
"La bioéthique est appréhendée fort diversement en Europe : certaines pratiques interdites dans un
le Etat sont possibles dans d’autres et un même pays peut se montrer libéral dans un domaine et rigide dans un autre. La disparité des législations nationales tient-elle à l’influence de la conception de la morale, à celle de la religion dominante ou au poids de l’histoire ? C’est, par exemple, en réaction à l’horreur que lui inspire le risque d’eugénisme que le philosophe allemand Jürgen Habermas est amené à fustiger la sélection des caractéristiques biologiques humaines, fût-ce pour de « bonnes » raisons. Que le contexte dans lequel s’inscrivent les débats sur la bioéthique soit le même dans la majorité des pays européens n’empêche pas, non plus, la diversité des positions. Bien que les bouleversements du modèle traditionnel de la famille soient un phénomène général, les options adoptées dans le domaine de la procréation médicalement assistée n’en restent pas moins fort dissemblables. L’appartenance à l’Union européenne n’apparaît pas davantage comme un facteur fédérateur. Certes, il existe un corpus de droit communautaire, mais celui-ci demeure très nettement en retrait des législations nationales. L’analyse de quelques cas particuliers conduit au même constat, qu’il s’agisse de la Suisse, démocratie directe et multiconfessionnelle, où le débat sur la bioéthique mêle spécificités nationales et influences allemandes, françaises et italiennes, de la gestation pour autrui en Ukraine, pratique autorisée depuis 2004 et devenue depuis un moyen de gagner sa vie, ou encore de l’euthanasie volontaire qui ne parvient pas à recueillir un consensus, en Grande-Bretagne et a fortiori à l’échelle européenne."
ZOOM : La gestation pour autrui en Ukraine
Mathilde Goanec
Autorisée depuis six ans, la gestation pour autrui est l’un des instruments mis en place par l’Ukraine pour relancer les naissances dans un pays démographiquement sinistré depuis son indépendance, en 1991. C’est également, avec le commerce des gamètes, un juteux business pour de nombreuses cliniques et agences, et un moyen, pour un nombre croissant de jeunes femmes ukrainiennes, d’espérer gagner leur vie. D’abord isolée, la pratique se développe aujourd’hui dans un cadre juridique mal défini, et prend la forme d’un simple contrat d’ordre strictement commercial. Au sein de la société ukrainienne, la gestation pour autrui, tout comme le commerce d’ovocytes ou de sperme, se confine bien à la sphère privée. Science nouvelle dans un pays jeune encore et fortement marqué par la période soviétique, la bioéthique se fraye lentement une place dans les pratiques médicales, qui tendent pour l’instant à privilégier le désir d’enfant des parents ukrainiens et étrangers, plutôt que les considérations d’ordre moral. Les interrogations sur les risques sanitaires, qu’ils soient d’ordre physique ou psychique, sont, elles aussi, évacuées. La question du statut de la mère porteuse, grande oubliée de la législation ukrainienne, et de l’enfant né d’une gestation pour autrui, reste donc ici grande ouverte, mais ne suscite pas, pour l’instant, de débat de société, à rebours des innombrables colloques et séminaires qui agitent actuellement les pays européens (...)
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